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Table des matières Brexit : un peu de lecture

Brexit : pour un peu de bon sens

Europe Without the Union

Brexit. Sept failles dans la communication de David Cameron et de son camp

Les bourgeois de Calais

Voir aussi :

TTIP

Brexit : un peu de lecture...

EU referendum: We must stay to unite against aggression, says Cameron

Why even David Cameron cannot convince me to vote to remain in the EU

Leaving the E.U. Would Hurt Britain’s Economy

Brexit : an economic assessment

The UK in a changing Europe

Full Fact is factchecking the EU referendum.

Why Britain Should Stay in the EU

Les masques tombent chez les élus français pro-Brexit

Britain’s special status in Europe: A comprehensive assessment of the UK-EU deal and its consequences
By Andrew Duff - March 2016

L’ACCORD UE-ROYAUME UNI : BEAUCOUP DE BRUIT POUR (PRESQUE) RIEN ? (fev 2016)

In depth : European Parliament research

The UK's 'new settlement' in the European Union: Renegotiation and referendum 25-02-2016

The UK 'rebate' on the EU budget: An explanation of the abatement and other correction mechanisms Feb 2016

The full text : European Council deal about renegotiation Feb 2016

Brexit, pour un peu de bon sens

Le matin, quand je me lève, je me dis « qu’ils partent et bon débarras » et le soir quand je me couche : « non, ça ne serait pas raisonnable ».

Les arguments pour et contre le Brexit ont déjà été tous échangés. Les arguments rationnels mènent à une double conclusion : le Royaume-Uni a considérablement bénéficié de son adhésion à l’UE et son départ serait un grand saut dans l’inconnu. Les arguments émotionnels, souvent les plus forts, tournent autour de la peur de l’étranger, mais sans proposer de solution crédible. Ni pour le problème actuel des migrations (le brexit ne changerait rien à la pression migratoire et au besoin de coopérer internationalement pour la gérer au mieux). Ni pour la question de la souveraineté (le brexit ne changerait rien non plus à la nécessité permanente de négocier avec les partenaires européens ; il pourrait même l’exacerber puisque tout le cadre relationnel international serait à réinventer ; sans compter que le RU se retrouverait sans voix délibérative pour influencer les décisions européennes).

Cependant, que m’importe, à la fin, que le brexit se révèle une erreur catastrophique pour le RU ? Pourquoi, alors même que durant la journée, j’ai d’autres chats à fouetter que de penser à ce sujet, je me trouve, le soir, d’un avis contraire à celui du matin ?

Après un peu d’introspection, je suis parvenu à la conclusion que ce dessin représente tout à fait mon souci :

Par la pensée, découpez le bloc européen, placez-le au-dessus du continent Africain et mesurez la place de l’Europe sur le globe. Certes, cette petite pièce de puzzle est l’une des régions les plus riches du monde, quoique cette richesse y soit très inégalement répartie, socialement et géographiquement. Mais convenons que ces dernières décennies, l’Europe n’est plus vraiment dynamique, que les choses importantes se passent ailleurs, que quand d’autres régions s’éveillent, la nôtre s’endort.

Ce globe est muet, mais utilisons notre imagination pour y représenter ce qui nous menace. Au Nord-Est, l’agressivité d’une Russie blessée. Au Sud-Est et au Sud, une folie religieuse d’un autre âge et des bouleversements politiques entraînent des peuples entiers vers une Europe perçue comme une oasis. Au Sud, une explosion démographique dans un continent globalement misérable et corrompu, avec des régimes souvent illégitimes, ce qui accroîtra prochainement une pression migratoire déjà forte. Faisons tourner ce globe, et continuons l’exercice en y incluant non seulement les dangers sécuritaires mais les considérations économiques…

Et la bonne réponse à toutes ces tensions géopolitiques serait de morceler un peu plus l’Europe ? Un petit morceau d’Europe qui s’en détacherait se trouverait mieux seul pour faire face aux périls ? Cela n’a pas de sens.

Les crises de toutes sortes, l’angoisse, la désespérance devant une situation économique et sociale qui s’aggrave depuis des années, l’évidence que les gouvernements de tous bords sont désemparés et impuissants, l’absence de perspectives d’amélioration, tout cela génère la tentation du repli sur soi, de l’égoïsme, du rejet… Mais c’est mortifère. Il faut au contraire se ressaisir, exploiter nos atouts, relancer nos projets, affirmer notre place, réinventer l’optimisme. Tout cela suppose une unité d’action dans les domaines de la sécurité, de la défense, de l’infrastructure, de l’économie et de la finance… ce qui reste tout à fait compatible avec le respect des cultures, des langues, des modes de vie et des traditions nationales.

Le grand succès des europhobes est d’avoir peint l’Europe comme une petite bureaucratie qui invente des règlements mesquins et inutiles. Le grand échec de l’Europe est de n’avoir pas su dire quelle chance elle représente pour une renaissance de notre civilisation.

Alors, non, le brexit ne serait pas raisonnable. Il est encore temps de croire en un destin commun et, malgré un récent accord européen parfaitement stupide car n’allant pas dans le bon sens, en une union toujours plus étroite.

Et si la fin est aussi heureuse, l’amertume du passé doit la rendre encore plus douce.
W. Shakespeare
Tout est bien qui finit bien, acte V scène III

28/02/2016

Europe Without the Union

By Mark Fleming-Williams - 01/03/2016 - Europe Without the Union is republished with permission of Stratfor.

The European project was always bound to fail. Europe is a continent riven by geographic barriers. It has spent two millennia not only indulging in massive and constant internal wars, but also keeping written records of them, informing each generation of all the times their forebears were wronged. Over the centuries, great empires have risen and fallen, leaving behind distinct groups of people with different histories, languages and cultures. Any project attempting to fuse these disparate cultures into one monolithic state over the course of just 70 years was by its very nature doomed. It would inevitably encounter insurmountable levels of nationalistic resistance, and eventually the project would stall. That is the point at which we now find ourselves.

Crises abound, and though they all have different facades, each stems from the same underlying issue: Citizens ultimately prize their national and regional identities over the supranational dream. The sovereign debt crisis and repeating Grexit scares, born of the introduction of the euro in 1999, have exposed Northern Europe's unwillingness to subsidize the south. The Brexit referendum, scheduled for June, can trace its roots to the 2004 enlargement of the European Union, and the ensuing wave of Polish migration to the United Kingdom. Meanwhile, amid the ongoing immigration crisis, national leaders are appeasing their populations by bypassing European rules and re-erecting border controls to stem the flow of refugees across their territory. In all of these situations, the same factors are at work: The driving forces within Europe are national in nature, and countries will ultimately put their own interests first.

Today's problems were both predictable and predicted. The next step, however, is harder to foresee. Having identified a system's inherent flaw, one can very well state that it is unsustainable, but unfortunately the flaw provides no guide as to the exact circumstances of the system's end. There are still many different ways that the demise of the European Union's current form could come about. For example, the project could unravel via market forces, as it nearly did in 2012 when investors tested the commitment of the core to save the periphery and found it to be (barely) willing to do so. Or a disaffected populace could elect a nationalist party such as France's National Front, which could either lead the country out of the European Union or make the bloc so unmanageable that it ceases to function. Perhaps the most likely scenario at this point would be for the European Union to survive as a ghost of its former self, with its laws ignored and stripped back to the extent that it holds only a loose grip on its members.

Where Integration Will Persist

The exact circumstances of the European project's end are not yet clear, but there are certain fixed, underlying truths that are sure to outlast the European Union's current form. With them, a forecast can still be made of the shape of things to come. These fundamental realities stem from deeper, unchanging forces that will bring countries together according to their most basic goals; they are the same forces that limited the European project's lifespan in the first place. By looking at these underlying factors, one can predict which countries will emerge from a weakened or collapsed European Union with close ties, and which are likely to drift apart in pursuit of their own interests once they are freed from the binding force of the European Union and its integrationist ideals.

The best place to start is the Benelux region. Belgium, the Netherlands and Luxembourg have long played a key role in European geopolitics, situated as they are on the flat and traversable land between Europe's two great Continental powers, France and Germany. Indeed, it was in the Benelux region that the European project began. Belgium and Luxembourg formed an economic union in 1921, and talks began for a customs union with the Netherlands in 1944, before the end of World War II. But it was World War II itself that really gave birth to the European Union as the Benelux countries combined with their two flanking giants and Italy to create a bloc that would prevent a reoccurrence of such destructive conflict. In the 70 years that had elapsed since German unification, France had endured three invasions, and all the members of the fledgling union suffered greatly as a result. Today, 70 years later and without a reoccurrence of catastrophic conflict, their strategy appears to have worked.

Thus the Benelux, France and Germany will be motivated to continue their integration efforts. Caught between two economic powers, the Benelux will want to secure their friendship. Meanwhile, France and Germany's rivalry will also draw them together. However, the fateful fact here is that the Franco-German relationship has been one of the major fault lines in the current European Union, meaning that a smaller version of the bloc will be similarly flawed.

Italy, for its part, will not be invited to the party this time around. For one, it lacks the same geopolitical circumstances, safely shielded as it is behind an Alpine wall. Moreover, the eurozone's third-largest economy has been at the center of both the sovereign debt and the immigration crises, and Germany in particular will be as reluctant to stay attached to the indebted Italy as it is to remain tied to Spain. The Franco-German-Benelux bloc is the likely heir to the euro, if the currency continues to exist, and it will maintain the European Union's integrationist ethos. It will adopt a more positive stance toward free trade than its predecessor, with the Netherlands and Germany outweighing the protectionist urges of Belgium and a France shorn of its traditional Mediterranean allies. This "core" bloc will be the Continent's center of gravity in the future. In the times that it has been whole since its unification in 1871, Germany has dominated the Continent, and it appears set to keep doing so for at least the next decade or two.

Germany's influence in Europe is not purely geopolitical. A large part of it is based on trade. The past two decades in particular have seen Germany assemble a powerful international goods factory. It takes unfinished products from its neighbors (eight of whom send Germany more than 20 percent of their exports) and transforms them into sophisticated mechanical goods before shipping them onward. In 2014, Germany was the number one export destination for 14 of its 27 EU peers, and the top source of imports for 15 of them. Access to this machine has especially benefited former communist states in Central and Eastern Europe, which have capitalized on high levels of investment from Germany (as well as the Netherlands and Austria) and capital inflows to achieve impressive GDP growth. European Union or no, the players in this network will all be highly motivated to keep it running.

Eastern and Western Interests Diverge

Still, there are two catches. The first is immigration. The subject has hung over these relationships since at least the 2004 enlargement, when Germany was one of several countries to impose restrictions on the freedom of movement for new eastern members. The influx of refugees into Europe has recently rekindled this friction, with the Visegrad Group (Hungary, Slovakia, the Czech Republic and Poland) bonding over a mutual aversion to Germany's attempts to dole out quotas of newly arrived migrants. The relationship emerging to Germany's east and southeast is one in which the free movement of goods and capital is encouraged, but the free movement of people is restricted.

The second catch is Russia. Over the next decade, Russia will experience some significant changes in both its external relationships and its internal systems. The first half of this forecast has already come to pass, and Russia has grown increasingly belligerent in its periphery. Stratfor believes this will become more pronounced until the system designed by Russian President Vladimir Putin either adapts or collapses. This will clearly have a considerable effect on Russia's European neighbors, albeit to varying degrees. And so, geography will come into play once more. We have already seen the Russian military used to powerful effect in Ukraine, but its ability to push farther into Romania is somewhat tempered by the Carpathian Mountains, a natural barrier that snakes north and west, also providing protection to Hungary and Slovakia. Poland, by contrast, stands starkly exposed to Belarus, a close Russian ally, with no mountain range to shield it. Farther north, the similarly unprotected Baltic states lack Poland's bulk and thus have even less protection; a larger country like Poland could at least buy time to organize a defense.

This geographic divergence will divide Central and Eastern Europe into two groups, one focused on trade and the other on security. The Central Europeans (the Czechs, Hungarians, Romanians, Bulgarians and Slovaks) will be wary of antagonizing Russia. The Carpathians, though a barrier, are not insuperable. And yet these countries, sheltered by the mountains, will also be free to focus much of their energy toward pursuing continued prosperity through trade with the core. A shared interest in maintaining trade with Germany is not the foundation for a defined bloc, but more the makings of a loose grouping that becomes weaker with both distance from Germany and time, as Germany's strength begins to wane. Poland and the Baltics, by contrast, will not have the luxury of focusing primarily on their own enrichment. With Russia's presence looming, these countries will be bound closely together, focusing their energies on defense pacts and alliances — and especially on cultivating strong relationships with the United States. Trade will continue, of course, but the identity of this bloc will center on resisting the Russian threat. If and when internal challenges force Russia to turn its attention inward, Poland will have an opportunity, the likes of which it has not seen for several hundred years, to spread its influence east and south into the former territories of the old Polish-Lithuanian Commonwealth in Belarus and Ukraine.

In the north, Scandinavia will form its own bloc. Its members have a history of shared empires, free trade, freedom of movement agreements and a (failed) currency union; they are natural bedfellows. Indeed, an institution that has been somewhat dormant since the rise of the European Union — the Nordic Council — already exists to aid their international governance. This bloc is likely to be almost or equally as integrated as the French- and German-led core, with which it will have close trade and diplomatic relations.

Winners and Losers in a New Order

One of the countries most pleased with the new arrangements will be the United Kingdom, assuming it can hold itself together long enough to enjoy them. Having dedicated much of the last millennium to keeping the Continent divided and playing one side off another, the United Kingdom was forced to join the European Union once the organization's unity was truly unquestionable. With a Continent divided once more, the United Kingdom will be able to return to its preferred long-term strategy, maintaining a balance of power while at the same time attempting to develop a trade network that mixes regional with global. By contrast, Spain and Italy are likely to be left behind. Both will be struggling to stay whole, with Spain in particular danger of coming apart at the seams because of the internal conflicts raging among its constituent parts. Both will attempt to remain as close as possible to the core, though protectionist tendencies in the southern countries may inhibit these trading relationships. Spain and Italy are also likely to enjoy the newly regained freedom of being able to devalue their own currencies to regain competitiveness. From the core bloc's perspective, the two countries are likely to represent a continuing point of tension, with France pushing for their inclusion as Germany and the Netherlands resist. But time will work in France's favor here, since its advantageous demographics compared with those of Germany point to it gaining increasing influence over the bloc as the years pass.

The picture that has been laid out here is not meant to be an exact representation of Europe at a specific date in the future. Even if the European Union does unravel suddenly, as it nearly did in 2012, it is unlikely that countries would move on and settle into their new roles as seamlessly as described. Events will move at different speeds, and there may be considerable strife involved in the transition. With countries such as Italy and Spain battling to avoid isolation, France will be put in the difficult position of having to choose between either remaining close to Germany or standing with its Mediterranean allies. Elements of the current system may persist, and links will continue to exist across the blocs. For example, if the euro does survive in the core bloc, it may also continue to be used in some of today's other eurozone countries that are deemed to be fiscally responsible, such as Finland, for want of a compelling reason to make a change. There are still many unknowns. However, the intention is to show the picture that exists beneath the tracing paper. The image that actually emerges will depend on where and how pressure is applied in the years ahead.

On the shores of Dover

Brexit. Sept failles dans la communication de David Cameron et de son camp

Analyse de Joël Amar 29/02/2016

In or out ? Brexit or not ? La Grande-Bretagne votera le 23 juin pour décider si elle reste ou non dans l’Union Européenne (UE). Les écarts d’un sondage à l’autre promettent un suspense maximal. Les principaux acteurs viennent de faire un premier tour de piste. Politico présente la stratégie de communication de David Cameron dans un article intitulé « David Cameron unleashes ‘projet fear’ ». Sans surprise, The Economist prend parti pour le maintien dans l’UE avec son article « The real danger of Brexit ».

Les deux articles posent les grandes lignes de la stratégie de David Cameron et de la plate-forme « Britain stronger in Europe » qui fédère de nombreux opposants au Brexit. Cette stratégie suffira-t-elle pour gagner le référendum ? J’en doute. Nous ne sommes qu’au début de la campagne et celle-ci aura son lot de crises, surprises et rebondissements. Il n’en demeure pas moins qu’en l’état, la stratégie de communication de David Cameron et du camp du « In » présente plusieurs failles et risque de se retourner contre eux.

Project Fear : une campagne pour faire peur

La stratégie de David Cameron part d’une idée simple : « British voters will never love the European Union. But maybe they can be terrified into voting not to leave it » (Politico). Il s’agit donc de leur faire peur, de les terroriser en agitant tous les dangers qui s’abattraient sur le Royaume en cas de victoire du Brexit. Telle est la colonne vertébrale de la campagne, baptisée « Project Fear » par les médias. De grands patrons et d’anciens généraux portent déjà ce message dans des tribunes dans les journaux opposés au Brexit.

David Cameron menace, quant à lui, ses compatriotes d’un « saut dans l’obscurité ». Il valorise le « deal » qu’il a obtenu à Bruxelles et qui est supposé répondre à la question des migrants européens. Il affirme que la Grande Bretagne profite aujourd’hui du « meilleur des deux mondes » en sa qualité de membre de l’Union Européenne qui n’est pas concerné par les deux accords qui auraient échoué : l’Euro et Schengen.

Un Premier Ministre dans l’arène et à la télévision

David Cameron a choisi une stratégie de communication où il est en première ligne. Porte-parole n°1 du camp du « In », il met tout son poids dans la balance et dans les médias. Sa stratégie vise à recadrer le débat : « It’s not a simple question of choosing between “yes” and “no,” they will warn voters. They will try to frame the debate as a question: Who do you trust with the nation’s future? » (Politico).

Face à plusieurs titres de presse écrite qui veulent une sortie de l’Union, David Cameron mise sur la télévision pour faire passer ses messages et pour atteindre des publics habituellement éloignés de la politique. Sa fonction de Premier Ministre lui ouvre de nombreux plateaux et lui garantit une bonne visibilité dans les journaux télévisés. La BBC a déjà prévu trois grandes émissions en direct, dont un « Question Time » le 19 juin et un débat le 21 juin : un face-à-face géant au Stade de Wembley.

Un Brexit dangereux pour la Grande-Bretagne, l’Europe et l’Occident

L’article de The Economist, « The real danger of Brexit », s’inscrit dans cette stratégie de la peur. Un Brexit mettrait en danger l’économie, l’emploi et la sécurité de la Grande-Bretagne, son influence dans le monde, voire son unité si l’Ecosse et l’Irlande du Nord veulent rester dans l’UE. Il obligerait la Grande-Bretagne à négocier de nouveaux accords, plus défavorables que l’actuel statut de membre, si elle veut préserver son accès au Marché Unique, destination aujourd’hui de 50% de ses exportations. Quant à la souveraineté retrouvée en cas de Brexit, « it would be a purer but rather powerless sort of sovereignty ».

The Economist ne s’arrête pas là. Il veut montrer que le Brexit serait dangereux pour la Grande-Bretagne, mais aussi pour l’UE et pour l’Occident au sens large. Il cite pour preuve que Vladimir Poutine est favorable au Brexit, après avoir écrit: « Europe would be poorer without Britain’s voice: more dominated by Germany; and, surely, less liberal, more protectionist and more inwardlooking ». The Economist conclut : « What more sceptical sorts must now recognise is that Brexit would also weaken Europe and the West ». Et dans cet affaiblissement, il n’y aurait rien de bon pour la Grande-Bretagne.

Voilà, en quelques mots, la stratégie de communication de David Cameron et du camp du « In ». Maintenant, quelles en sont les failles ?

Faille n°1 : la répétition

« Less strong, less secure, more dangerous in a dangerous world. Has a familiar ring? » demande The Guardian dans une tribune intitulée « The EU referendum is already following the Scottish playbook, Project Fear 2.0 ». David Cameron reprend la recette gagnante qui avait été utilisée pour le vote sur l’indépendance de l’Ecosse en 2014. Cette répétition est la première faille de la stratégie.

C’est une faille car la configuration politique est différente et moins favorable. Concernant l’Ecosse, les choses étaient simples : il y avait une seule position par parti. Le Brexit divise, lui, à l’intérieur-même des partis. Le Parti Conservateur a des têtes d’affiche dans les deux camps. Et au sein de ce parti, le vote se double d’une lutte pour le pouvoir opposant David Cameron au maire de Londres, Boris Johnson.

C’est une faille, surtout, parce que la répétition crée l’accoutumance. Ce qui a fait peur une première fois ne suffira pas pour faire peur une deuxième fois. Les électeurs connaissent déjà la chanson. Ils se sont habitués aux menaces qui pèsent sur eux si, d’aventure, ils faisaient le « mauvais choix ». Les menaces font moins peur. Et les opposants ont appris à les contrer. Il va donc falloir soit terroriser davantage et pratiquer la surenchère, soit ajouter aux messages de peur des messages dans d’autres registres, plus positifs 

Faille n°2 : la communication négative

Au-delà de la répétition, une communication construite autour de la peur est nécessairement une communication négative. C’est la faille la plus grave dans la stratégie de David Cameron.

Le camp du « In » demande aux électeurs que rien ne change, au motif que le changement, qui est l’enjeu du vote, apporterait d’effroyables dangers. Ce faisant, il dit aux électeurs qui ont la liberté d’exercer un changement, de ne pas exercer cette liberté et de choisir, par défaut, le maintien d’une situation jugée peu enthousiasmante par tous les votants. Mais alors, pourquoi faire un référendum ? Pourquoi consulter les électeurs si ceux-ci doivent se résigner à n’avoir qu’un seul choix ?

A trop enfermer les électeurs dans des discours négatifs de peur, le camp du « In » risque de provoquer l’effet inverse, à savoir amener les électeurs à résister aux peurs, à exercer leur liberté, à refuser le statu quo, à vérifier que le référendum n’est pas un simulacre de démocratie… bref à voter pour le Brexit. Le camp du « Out » surfe déjà sur cette vague positive de démocratie, de résistance et de liberté.

Sauf à vouloir creuser cette faille, le camp du « In » ne peut pas s’en tenir à une communication négative. Le thème du « meilleur des deux mondes » est une piste, mais ne définit ni un projet, ni une vision pour la Grande-Bretagne dans l’Europe. Il ne suffira pas à susciter l’adhésion, sans parler de l’envie.

Faille n°3 : une stratégie bloc contre bloc

David Cameron prend le leadership de la bataille pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE. Le Premier Ministre est à la fois un atout et un handicap. Un atout par sa stature, ses talents et son track-records en victoires à des élections et référendums. Un handicap parce qu’il a joué avec le feu en promettant le référendum, parce qu’il a choisi son camp à l’issue d’une négociation peu convaincante avec Bruxelles et parce que la question implicite du référendum est son maintien ou son départ.

La faille n’est pas chez David Cameron. Elle consiste à fédérer le camp du « In » autour de David Cameron, avec le risque que la voix du Premier Ministre écrase et rende inaudibles toutes les autres. Elle est d’uniformiser le camp du « In » et de le priver d’une diversité de sensibilités et de points de vue. Elle sera accentuée par le choix de la télévision qui va mette en scène les débats comme une confrontation entre deux blocs. Des adversaires politiques de David Cameron, favorables au « In », risquent ainsi de se retrouver dans le même lit que lui, avec les mêmes messages et sous son leadership.

Un bloc, c’est gros, c’est lourd, c’est lent. Quand il est attaqué sur sa droite, il se découvre sur sa gauche et quand il répond sur sa gauche, il se découvre sur sa droite. C’est la mésaventure qui est arrivée, en France, aux partisans du « Oui » lors du référendum de 2005. Onze ans plus tard, le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE sera, lui aussi, attaqué sur différents sujets, sous différents angles et à partir de différents points de vue. Le camp du « In » aura besoin d’agilité et de diversité. Il doit donc rejeter le bloc contre bloc.

Faille n°4 : le peuple contre l’establishment

Le référendum sur le Brexit n’a aucune raison d’échapper au clivage qui structure de nombreux débats politiques dans la plupart des pays occidentaux : le peuple contre l’establishment.

Les partisans du Brexit mettent en avant une souveraineté retrouvée et une meilleure maîtrise de l’immigration. Ils s’adressent à tous ceux qui pensent avoir perdu le sens de leur vie et de leur nation avec la mondialisation, la libre circulation des biens et des personnes et la tutelle technocratique de Bruxelles. Ils ont tout intérêt à utiliser à leur profit les ressentiments et les colères qui opposent le peuple à l’establishment et qui peuvent trouver un exutoire dans le Brexit.

En face, David Cameron et le camp du « In » laissent, pour l’instant, ce clivage s’installer. Ils le favorisent avec la communication négative visant à dissuader le peuple d’exercer sa liberté et de faire le « mauvais choix ». Les positions contre le Brexit de grands patrons, d’anciens généraux et de médias comme The Financial Times, The Guardian et The Economist, accentuent la faille. Il est, pourtant, urgent de la combler, par exemple en faisant porter par des personnes issues « du peuple » des messages sur l’utilité du maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE.

Faille n°5 : l’invocation du reste du monde

Seuls les citoyens britanniques pourront voter, le 23 juin, au référendum sur le Brexit. Pour autant, le reste du monde est loin d’être absent dans la campagne qui démarre en Grande-Bretagne. A date, il y contribue sous trois formes. Chacune apparaît comme une faille pour le camp du « In ».

Première contribution : le recours au reste du monde par le camp du « In ». L’article de The Economist en fournit une bonne illustration : le Brexit serait dangereux non seulement pour la Grande-Bretagne, mais aussi pour l’Europe et pour l’Occident. Paradoxalement, ce message conforte aussi le camp du « Out ».

En effet, il revient à dire que l’Europe et l’Occident seraient, eux aussi, affaiblis par un Brexit, qu’ils ne seraient pas en position de force pour négocier dans cette éventualité… et qu’ils vont donc tout faire pour qu’un nouvel accord soit conclu au plus vite avec la Grande-Bretagne lorsque celle-ci aura quitté l’Union. Un nouvel accord, c’est-à-dire un meilleur accord que les actuels traités de l’UE.

Faille n°6 : le soutien quasi-unanime des dirigeants à l’étranger

A l’exception de Vladimir Poutine, les dirigeants des autres pays sont, tous, contre le Brexit.

Fin février, les ministres des finances du G20, réunis à Shanghai, ont ainsi considéré qu’un Brexit serait un choc pour l’économie mondiale. Cette prise de position peut, elle aussi, avoir un effet paradoxal. En disant leur inquiétude face à une menace qui pèse aussi sur eux, les ministres des finances alimentent la communication négative et le clivage opposant le peuple à l’establishment. Surtout, ils confortent l’idée qu’un meilleur accord sera vite négocié en cas de victoire du Brexit puisque tout le monde y a intérêt.

Certaines déclarations sont maladroites et relèvent implicitement de l’insulte. A titre d’exemple, citons Michel Sapin : « Je crois en l’intelligence des peuples, je crois que le peuple britannique, quels que soient par ailleurs les tentations, les crispations, les mouvements d’humeur, saura faire le choix qui est le meilleur pour lui-même et le meilleur pour l’Europe, c’est à dire de rester dans l’Union européenne ». De tels propos reviennent à dire aux partisans du Brexit qu’ils sont stupides. Ils peuvent aussi créer des vocations…

Faille n°7 : les impasses de la Commission Européenne

La Commission Européenne veut le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE, juge que son intervention dans la campagne du référendum serait contreproductive et ne prendra donc pas part à cette campagne. Qui pourrait lui reprocher d’être lucide sur ses pouvoirs répulsifs en Grande-Bretagne ?

Mais la Commission ne s’arrête pas à ce silence bienvenu. D’ici au 23 juin, elle freine tous les dossiers, tels que le budget, qui pourraient irriter les Britanniques. Surtout, elle confirme son image « antidémocratique » en refusant d’envisager que la majorité des Britanniques puissent faire un autre choix qu’elle. Elle clame ainsi ne pas avoir de plan B en cas de victoire du Brexit. Pas de plan B. L’argument s’est usé au fil des crises européennes. Chacun sait aujourd’hui qu’il y a toujours moyen de trouver un arrangement a posteriori. Dans le camp du Brexit, cela conforte l’idée que le nouvel accord qui sera négocié avec l’UE sera plus favorable, pour la Grande-Bretagne, que les traités européens.

Plus grave ! Boris Johnson et le camp du Brexit voient dans l’Europe un Titanic qui va bientôt couler. Cette opinion, présente dans d’autres Etats-membres, appelle une réponse qui affirme une vision et un leadership pour l’Europe. Tout le contraire de ce que la Commission est en train de faire !

La Commission peut toujours se réfugier derrière les carences et les lâchetés des Etats-membres. Il n’en demeure pas moins qu’en continuant sans vision, ni leadership à gérer les urgences, l’une après l’autre, mais aussi en refusant de fixer les modalités pour la sortie d’un Etat-membre, la Commission abordera une victoire du Brexit en position de faiblesse et incitera d’autres Etats à s’aventurer dans la sécession.

Vision et leadership.

Si l’Europe savait où elle allait et comment elle y allait, que ce soit à une vitesse ou à plusieurs vitesses, les partisans britanniques du maintien de leur pays dans l’UE auraient autre chose à se mettre sous la dent qu’une communication uniquement négative agitant des dangers, mais risquant de se retourner comme eux.

Les bourgeois de Calais

David Cameron a pris son bâton de pèlerin pour demander à ses partenaires de l’UE de l’aider à convaincre ses électeurs de rester dans l’UE.

Commençons par douter de la bonne foi du premier ministre, dont les déclarations alternent entre le In et le Out au gré de ses humeurs et de ses auditoires. Son gouvernement a d’ailleurs donné licence à ses ministres de faire campagne contre la position finale officielle dudit gouvernement, quelle qu’elle sera.

Notons aussi que les europhobes britanniques ont d’ores et déjà annoncé que quels que soient les résultats de la renégociation, ce sera pour eux trop peu et trop tard et qu’ils continueront à prôner un Brexit rapide et total.

Les autres pays de l’UE sont mus par différentes considérations. D’une part, il serait très dommageable pour des raisons géopolitiques, économiques et culturelles que le Royaume-Uni quitte l’Europe. Cela signerait un échec majeur, peut-être irréversible, de l’idéal européen.

D’autre part, beaucoup de gouvernements, eux-mêmes eurosceptiques, ont des sympathies pour les demandes britanniques. Cependant, les gouvernements de l’Europe de l’Est auront un peu de mal à approuver des mesures qui réduiraient les droits de leurs propres citoyens et les marqueraient du sceau du soupçon.

Enfin, d’autres gouvernements, eux-mêmes pas si convaincus de continuer la construction d’une UE réellement communautaire, s’irritent des exigences britanniques et de leur irréalisme quand, dans les faits et dans beaucoup de dossiers, ils se rendent compte qu’il faut plus d’Europe et non moins pour être plus efficace.

Car malgré les palinodies et les déclarations sur les vertus de politiques menées bien à l’abri des frontières nationales, les dirigeants européens, M. Cameron y compris, ont une douloureuse conscience de la lente glissade vers l’insignifiance et l’impuissance de leurs Etats-nations quand ils agissent seuls. Ils savent aussi que la coopération intergouvernementale à l’ancienne ne donne pas les résultats escomptés.

Par contre, la construction européenne peut se targuer de résultats positifs majeurs. Mais qui en parle ? Ce qui marche est mis au crédit des gouvernants nationaux, ce qui ne marche pas est mis au débit de « Bruxelles ». Ce petit jeu détruit peu à peu la solidarité et le sens d’une aventure commune1.

Les peuples européens payent cash le « pas assez d’Europe » en matière économique, monétaire, financière et maintenant de sécurité et de défense. Le malheur est qu’ils accusent le remède d’être à l’origine de leurs maux. C’est que les crises interminables qui secouent l’Europe – auxquelles seules des actions communes d’envergure pourraient apporter des solutions – favorisent le nationalisme, la xénophobie et le repli identitaire.

En 1346, Edouard III avait exigé que six bourgeois se présentent la corde au cou pour expier la résistance de la ville de Calais. En 2016, David Cameron veut amener le Conseil européen à résipiscence.

Le risque est qu’on lui cède. Déjà, ce risque se matérialise. La Commission n’ose plus agir ni proposer, de peur d’entretenir le feu des critiques. Les parlementaires européens sont pratiquement au chômage technique, faute de propositions. On ne révisera pas à la hausse un cadre financier notoirement insuffisant pour surmonter les crises, alors qu’on avait vendu cette perspective au Parlement européen pour lui faire avaler la pilule d’un budget initial en peau de chagrin. L’UE continuera à se déliter doucement en espérant ainsi éviter un sort funeste.

En réalité, les malheurs que l’on cherche à éviter pourraient bien être provoqués par cette couardise. Car, en effet, que reprochent les peuples à l’UE ? Son manque de résultats. Reprise économique en berne, chômage désespérant car sans espoir d’amélioration sensible, risques systémiques contenus à grand peine mais jamais réellement écartés, déconstruction ici sournoise et là brutale du modèle social, menaces sécuritaires et militaires qui restent sans réponses crédibles… franchement, il n’y a en effet pas de quoi susciter la confiance des électeurs déboussolés, angoissés, en colère.

Céder aux exigences britanniques, c’est faire un trou dans la coque d’un bateau déjà en difficulté. On risque ainsi de mettre en danger la structure politique dont on a besoin, pour à la fin, ne même pas réussir à éviter le Brexit. On aurait alors la double peine : l’UE sans le RU et une UE châtrée.

Pour terminer, laissons la parole à un internaute du Guardian :

« When I look at my children I don't want them to be constrained by a form of government that has shown that not only is it structurally incapable of coming up with good decisions but that it is so cumbersome that it cannot reverse the crap decisions that it forces upon people.
I'm still waiting for a coherent explanation for what the EU is meant to be for. It isn't for prosperity as the youth of Southern Europe can attest. It isn't for security, or Putin wouldn't be able to annex his neighbours with impunity. It isn't for the maintenance of a social democratic welfare state where free movement destroys the social compact.
What the pro EU side needs to do is explain what the EU will be in 10, 20 or 30 years’ time and why that is a destination that we would want to arrive at. The status quo is not an option on the table.”

Ce sont des questions auxquelles il faudrait répondre. Mais la Commission a déjà décidé qu’elle ne contribuerait pas au débat, de peur de choquer les électeurs britanniques par des visages étrangers. Fuir le débat n’est jamais une bonne idée dans un processus démocratique…

1 - Voir « Faut-il déchirer le Traité de Rome ? » in GRASPE n°9. Un exemple récent de biais dans la communication : en 2015, la Chambre des Lords britannique a accusé le gouvernement d’occulter son rapport qui prouve que Bruxelles n’empiète pas sur les pouvoirs de Westminster, une accusation favorite des eurosceptiques.

23/01/2016

Cet article, remanié après le sommet européen de février 2016, a servi d'éditorial à la revue GRASPE n°26

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Page modifiée le 9 mars 2016

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